La question revient dès qu’un téléphone chauffe ou que la batterie tombe plus vite que d’habitude. Elle mérite une réponse honnête, et cette réponse commence par écarter ce qui circule le plus : les fameux codes à composer.
Les codes partagés partout ne détectent rien


Vous avez probablement croisé la liste : *#21#, *#62#, ##002#. Ces codes existent bel et bien, mais ils interrogent le réseau de votre opérateur sur l’état des renvois d’appel. Ils ne regardent pas une seule seconde ce qui est installé sur votre appareil.
Autrement dit, un logiciel espion peut enregistrer vos messages, votre position et votre micro sans qu’aucun de ces codes n’affiche quoi que ce soit d’anormal. Norton, qui vend pourtant des solutions de sécurité, l’écrit noir sur blanc dans sa propre documentation.
Le seul cas où *#21# sert vraiment : si vos appels sont renvoyés vers un numéro que vous ne reconnaissez pas, quelqu’un a modifié vos réglages de renvoi, ce qui est une vraie anomalie. ##002# les supprime tous.
Les signes qui ne prouvent rien non plus
Batterie qui se vide, téléphone qui chauffe, lenteurs, grésillements pendant les appels : ces symptômes figurent dans tous les articles sur le sujet, et ils sont réels. Le problème est qu’ils ont, dans l’immense majorité des cas, une explication banale.
Une batterie de deux ans a perdu de sa capacité. Une mise à jour du système consomme davantage pendant plusieurs jours. Les grésillements viennent du réseau, pas d’un espion. Un téléphone qui chauffe en 5G dans une zone de mauvaise couverture est simplement en train de chercher du signal.
Prendre ces signes pour des preuves conduit à une inquiétude permanente sans fondement. Ils méritent attention seulement lorsqu’ils apparaissent brutalement, tous en même temps, sur un appareil qui allait bien la semaine précédente.
Ce qu’il faut vraiment regarder
Trois vérifications donnent une information exploitable, et elles ne prennent que quelques minutes.
La consommation de données par application d’abord. Un logiciel espion doit envoyer ce qu’il collecte, donc il consomme. Sur Android, ouvrez Paramètres, Réseau et Internet, Utilisation des données. Sur iPhone, Réglages puis Données cellulaires. Une application que vous ne reconnaissez pas et qui consomme beaucoup mérite un examen.
Les autorisations sensibles ensuite. Regardez quelles applications ont accès au micro, à la caméra et à la position, un tri que détaille notre article sur l’autorisation d’application la plus puissante d’android pou. Android et iOS affichent désormais un point vert ou orange en haut de l’écran dès que le micro ou la caméra est actif : si ce point apparaît alors que vous ne faites rien, c’est un signal autrement plus sérieux qu’un grésillement.
Les applications à droits d’administration enfin, sur Android. Dans Paramètres, Sécurité, Applications d’administration de l’appareil, aucune application inconnue ne doit figurer. C’est là que se logent les logiciels de surveillance, parce que ces droits leur permettent de se rendre difficiles à désinstaller.
Qui met réellement un téléphone sur écoute
Deux réalités très différentes se cachent derrière la même question.
L’écoute judiciaire, d’abord. En France, elle est encadrée et ne peut être ordonnée que par un juge d’instruction ou, en enquête préliminaire, sous le contrôle du procureur. Elle se fait chez l’opérateur, sans rien installer sur l’appareil. Elle ne laisse donc aucune trace détectable côté téléphone, et aucun code ni application ne la révélera jamais.
Les logiciels de surveillance grand public ensuite, souvent appelés stalkerware. C’est le cas le plus fréquent et de loin, et il suppose presque toujours un accès physique à l’appareil déverrouillé pendant quelques minutes. Ils sont installés par un proche, dans un contexte de contrôle familial ou conjugal. C’est illégal, et l’atteinte à la vie privée est punie par l’article 226-1 du Code pénal.
Que faire si le doute persiste
Dans l’ordre, et sans installer d’application supplémentaire.
Mettez le système à jour, ce qui referme les failles connues et casse une partie des outils de surveillance. Changez ensuite le mot de passe de votre compte Google ou Apple depuis un autre appareil, puis activez la double authentification : beaucoup de surveillance passe par le compte cloud, pas par le téléphone. Vérifiez enfin la liste des appareils connectés à ce compte et déconnectez ceux que vous ne reconnaissez pas.
Si le doute demeure, la réinitialisation d’usine élimine tout logiciel installé, à condition de ne pas restaurer ensuite une sauvegarde qui contiendrait le même programme. Ne restaurez que vos photos et vos contacts, pas la liste complète des applications.
Le vrai risque n’est pas celui qu’on croit
La surveillance ciblée par un logiciel espion existe, mais elle est rare et suppose que quelqu’un ait eu votre téléphone en main. La collecte massive de données par les applications que vous avez installées vous-même, elle, concerne tout le monde tous les jours.
Cette collecte est légale, documentée dans des conditions d’utilisation que personne ne lit, et elle explique la plupart des coïncidences troublantes du type « j’en ai parlé et j’ai vu une publicité ». Le micro n’y est pour rien : votre position, vos contacts et votre historique de navigation suffisent largement à produire cet effet.
Le temps passé à composer des codes inutiles serait mieux employé à faire le ménage dans les autorisations accordées à vos applications. À lire aussi, vos applications préférées vous surveillent peut-être – l’av.








