Un smartphone haut de gamme dépasse aujourd’hui les 1 300 €. Un PC (Personal Computer) portable correct pour du montage vidéo tourne autour de 1 800 €, un téléviseur OLED (diode électroluminescente organique) de 65 pouces entre 1 500 et 2 500 €. À ces montants, le bouton « payer en 4 fois » n’est plus une commodité de fin de panier, c’est souvent ce qui décide de l’achat.
Ce mécanisme fonctionne depuis dix ans dans une zone grise du droit français. Il en sort le 20 novembre 2026. À cette date, l’ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025 entre en vigueur et fait basculer le paiement fractionné dans le régime du crédit à la consommation, avec les obligations qui vont avec.
Pour qui achète du matériel, cela change trois choses : la façon dont on vous propose le financement, ce que le prêteur vérifie avant d’accepter, et ce que vous pouvez faire quand ça se passe mal.
Comment le paiement fractionné fonctionne aujourd’hui
Le principe est simple. Un prestataire spécialisé règle le marchand immédiatement, puis se fait rembourser par vous en trois ou quatre échéances, généralement mensuelles. Le vendeur encaisse tout de suite, vous étalez, et l’opération vous est le plus souvent présentée sans frais.
Ce « sans frais » n’est pas de la générosité. C’est le commerçant qui rémunère le prestataire, sous forme d’une commission prélevée sur la vente, parce qu’un panier étalé se transforme mieux qu’un panier à régler d’un coup. Le coût existe, il est simplement payé en amont et intégré au prix affiché.
Juridiquement, ces financements échappaient jusqu’ici au crédit à la consommation dès lors qu’ils s’étalaient sur moins de trois mois et n’entraînaient pas de frais significatifs pour l’acheteur. Concrètement, aucune vérification de solvabilité obligatoire, aucun droit de rétractation propre au crédit, aucune trace dans les fichiers de la Banque de France.
C’est ce régime allégé qui a permis au dispositif de s’installer partout, des marketplaces généralistes aux revendeurs spécialisés. Les acteurs du secteur, dont Floa* côté français, en ont fait un produit d’appel standard : un achat avec un paiement en plusieurs fois s’obtient désormais en quelques clics au moment de valider la commande, sans dossier ni délai.
Ce que l’ordonnance du 3 septembre 2025 change
La France transpose ici la directive européenne (UE) 2023/2225, adoptée en octobre 2023 pour remplacer un texte de 2008 conçu avant le commerce en ligne sur mobile. L’ordonnance n° 2025-880 en fixe l’application au 20 novembre 2026.
Le changement de fond tient en une phrase : le paiement fractionné de moins de trois mois, même sans frais, entre dans le champ du crédit à la consommation. Il cesse d’être une facilité de paiement pour devenir un crédit, avec le formalisme correspondant.
Quatre obligations en découlent pour le prêteur.
Une information précontractuelle encadrée. Avant que vous validiez, le coût total doit être présenté, ainsi que les conséquences d’un défaut de paiement et les voies de recours dont vous disposez. Fini l’échéancier affiché seul en petit sous le bouton de commande.
Une évaluation de la solvabilité. Le prêteur doit s’assurer que vous pouvez rembourser, y compris sur de petits montants. Il peut pour cela consulter le fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, tenu par la Banque de France.
Une publicité loyale. Les communications commerciales doivent être claires, loyales et non trompeuses, ce qui vise directement les mises en avant qui affichent la mensualité en gros et le montant total en gris clair.
Un accompagnement en cas de difficulté. Les établissements doivent orienter gratuitement vers des services de conseil les clients qui ne parviennent plus à rembourser. Les délais de rétractation sont par ailleurs allongés lorsque le prêteur n’a pas respecté ses obligations.
Ce que ça change quand vous achetez un smartphone ou un PC
Le premier effet sera visible dès la page de paiement. L’étape de financement va s’allonger. Là où trois champs suffisaient, il faudra fournir davantage d’éléments et lire un écran d’information avant de valider.
Le deuxième effet est moins agréable : des refus vont apparaître là où il n’y en avait pas. Un acheteur inscrit au fichier des incidents de remboursement, ou dont les charges paraissent trop lourdes, pourra se voir refuser un 4x sur un téléviseur alors que le même achat passait sans difficulté six mois plus tôt. C’est précisément l’objectif du texte.
Le troisième effet est protecteur. Une opération qui relève du crédit à la consommation ouvre des recours qu’une simple facilité de caisse n’offrait pas, et l’information sur le coût réel devient opposable. Si vous financez un achat de 2 000 €, ce n’est pas un détail.
Rien de tout cela ne modifie vos droits sur le produit lui-même. La garantie légale de conformité de deux ans, le service après-vente et le droit de rétractation de quatorze jours sur un achat à distance relèvent du contrat de vente, pas du financement. Un litige sur un écran défectueux se règle avec le vendeur, même si les mensualités continuent de courir.
Ce qui coince
Le paiement fractionné a un défaut structurel que la réforme atténue sans le supprimer : l’accumulation. Trois achats étalés chez trois marchands différents produisent trois échéanciers qui tombent le même mois, et jusqu’ici aucun acteur ne voyait l’ensemble. La consultation du fichier des incidents améliore la situation, elle ne recense pas pour autant tous les encours en cours de remboursement.
Les frais de retard restent l’autre angle mort. Sur une opération présentée comme gratuite, ils constituent le seul coût réellement supporté par l’acheteur, et ils s’appliquent à une échéance manquée pour une carte expirée aussi bien qu’à une vraie difficulté de trésorerie. Vérifiez leur montant avant de valider, il figure dans les conditions et rarement ailleurs.
Reste la question du matériel lui-même. Financer sur quatre mois un smartphone qui perd 40 % de sa valeur en un an revient à payer au prix fort un produit qui se déprécie pendant que vous le remboursez. Sur ce terrain, un modèle reconditionné réglé comptant fait souvent un meilleur calcul qu’un modèle neuf étalé.
Quand l’étalement est un bon calcul
Le paiement en plusieurs fois se justifie dans deux situations précises. Quand une remise réelle existe maintenant et disparaîtra ensuite, l’étalement permet de capter le prix bas sans attendre. Et quand l’achat remplace un équipement hors service dont vous avez besoin pour travailler, l’arbitrage ne se discute pas.
Il se justifie beaucoup moins pour franchir une gamme. Étaler pour passer du modèle à 900 € au modèle à 1 400 € revient à laisser l’échéancier décider du budget, ce qui est exactement son rôle commercial. Le réflexe utile est de comparer d’abord les prix entre enseignes qui vendent du matériel high-tech, avant de regarder le mode de règlement. La question utile n’est pas « puis-je payer 350 € par mois », mais « aurais-je acheté ce modèle en payant comptant ».
Ce qu’il faut regarder à partir de novembre
La réforme va produire un effet secondaire utile aux acheteurs attentifs. En obligeant les prestataires à afficher le coût total et à évaluer la solvabilité, elle rend les offres comparables entre elles, ce qu’elles n’étaient pas tant que le mot « gratuit » suffisait à clore la discussion.
Trois lignes méritent votre attention sur l’écran de financement : le montant total effectivement dû, le montant des frais en cas de retard, et la date exacte des prélèvements. Ces trois chiffres seront présentés de façon normalisée à partir du 20 novembre 2026, et ce sont les seuls qui distinguent réellement une offre d’une autre.
Sources : ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025 relative au crédit à la consommation, Légifrance · directive (UE) 2023/2225 du 18 octobre 2023 · service-public.gouv.fr, réforme du crédit à la consommation. Prix constatés en septembre 2026.
*Floa – Société Anonyme au capital de 72 297 200€ – Siège social : Immeuble G7, 71 rue Lucien Faure, 33300 Bordeaux – RCS Bordeaux 434 130 423. Soumise au contrôle de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution 4 Place de Budapest, CS 92459, 75436 Paris. Orias N° : 07 028 160 (www.orias.fr).






